Sur la vie à la ferme
Tout d'abord, je dois spécifier un élément: je travaille sur une ferme, oui. Mais ce n'est pas une ferme dont le revenu des propriétaires dépend de son exploitation. Donc le travail et la façon de voir le travail est très différent. Ici, il n'y a pas de pression et encore moins de stress. La vie y est paisible. Je découvre la beauté du travail manuel et ses bienfaits sur ma tête – à part quand je la cogne. Je me blesse de moins en moins et j'apprends de plus en plus. Ça fait maintenant un mois que je suis ici et depuis, j'ai eu environ 4 jours de congés complets et seulement 2 où je n'ai pas eu à mettre mon cadran. Je travail autant par choix car j'aime ça. Je suis pas mal toujours dehors et lorsque la température est vraiment mauvaise, nous travaillons à l'intérieur.
Vu que je ne suis pas payé pour mon travail – mais comme je l'ai écrit dans l'épisode précédent, je ne suis réellement pas à plaindre – j'ai réussi à me trouver un petit side line. Environ une demi journée par semaine, je vais travailler chez un gars qui habite pas très loin. À date, je suis bucheron. Il y a des arbres qui sont tombés lors d'une tempête il y a trois ans et je fais le ménage là-dedans. Ça veut dire scie mécanique, transport de bois dans des conditions pas facile et fendre du bois à la hache. Pour cette dernière tâche, je la laisse au soins de mon collègue de France car j'ai comme un petit traumatisme face au geste de fendre du bois, et vu que j'ai un peu tendance à saigner quand je travaille ces temps-ci, j'aime mieux laisser faire quelqu'un d'autre. Surtout que le gars avait un peu peur pour nous et disait qu'il « aimerait ça qu'on ne se coupe pas un bras ». Je peux le comprendre car quand on l'a rencontré la première fois et qu'il m'a demandé si j'avais déjà utilisé une scie mécanique, je lui ai répondu quelque chose du genre « j'ai vu quelqu'un en utiliser une! ». Il n'était pas très rassuré... Maintenant ça va. Je crois qu'on l'impressionne. Lorsque la demi-journée (4h) est terminé, disons que je suis pas mal racké.
Avec les alpagas et les lamas ça va toujours de mieux en mieux. Je me fais de nouveaux amis et de nouveaux ennemis. À date, je me suis fais cracher au visage à deux reprises (ça c'est sans compter les fois que je me suis fais craché dessus tout court). Une fois par un lama et l'autre par un alpaga. Ce n'est pas parce que ce sont des animaux à la limite mignon que je vais me laisser faire! Je leur crache au visage en retour! Leur regard est toujours intéressant à voir quand je leur répond avec un crachat. On sent qu'elles comprennent que je ne me laisserai pas faire. Tranquillement, j'acquiers le respect de ces animaux. Je ramasse leur merde quand même! Petit moment de questionnement: je pelletais la merde l'autre jour et je me demandais qu'est-ce qui était mieux, pelleter de la merde d'alpaga ou pelleter de la neige? Je ne sais pas encore... Aujourd'hui, je travaillais dans l'un des enclos. J'étais concentré à remplir un trou que je venais de creuser pour terminer ma job de plomberie, et tout à coup, une tête d'alpaga s'est manifestée à côté de la mienne. Je me retourne et vois que tout le petit troupeau était autour de moi. Ce sont réellement des animaux curieux. Avant de sortir de l'enclos, j'ai décidé de faire une expérience et de me mettre à leur niveau, donc à genoux. J'ai eu droit à des becs d'esquimaux (vous savez, nez à nez?). Il y en a même une qui a léché mon bout de nez. Très beau moment. Bien, très beau moment jusqu'à ce que Jim me dise que c'était à cause qu'elle pensait que mon nez était un pi pour tété... Sérieusement, elles commencent à me reconnaître et et à avoir moins peur de moi. C'est vraiment tripant! Ce sont des animaux fascinant et j'aprends toujours plus sur eux! Je sais que prochainement quelques uns ou unes passeront à la « moulinette » car trop vieux ou vielles... Je ne participerai pas à ça car j'en suis pas capable mais je me demandais ce qu'ils faisaient avec. Voici la réponse: « Ça fait du bon hamburger! » En passant, ici, hamburger veut dire principalement viande hachée. Donc ils font de la viande hachée d'alpaga. Je vais y gouter. Il paraît qu'on peut envoyer de la bouffe par la poste. Jim m'a suggéré d'en envoyé à mes parents – il faut que je leur en parle.
Alors, voilà pour l'instant ma vie de fermier. J'apprends de nouvelles choses et développe de nouveaux talents; les animaux commencent à m'apprécier et je l'espère, me respecter; les gens ici sont aussi sympathiques et drôles que quand je suis arrivé, et je suis pas mal apprécié ici par tout le monde – même à 5500 km de chez moi, je me fais dire que je suis fou et bizarre... Mon sens de l'humour et ma marde en anglais sont finalement très efficaces. Il y a un gars qui rit tellement de mes niaiseries, qu'il en devient mauve et j'ai même peur des fois qu'il meurt en s'étouffant... Je ne dirai pas qu'elle âge il a mentalement par exemple, ça donnerais trop de munitions...
Sur le voyage
Au départ, quand j'ai décidé de partir, ce fut sur un coup de tête. Oui, j'ai réfléchi avant de prendre ma décision mais la décision en tant que tel a été prise sur un coup de tête. Une situation qui ne fait pas mon affaire et là, la question « qu'as-tu décidé? ». La réponse fut instantanée: Je pars. Ça aurait pu être différent cette journée là. Est-ce que je regrette cette décision? Non. J'en suis même très heureux! Pourquoi? Parce que ce que je vis présentement est quelque chose que je n'aurais pas pu vivre « dans ma vie régulière ». J'ai quitté un travail que j'adorais, des gens que j'aime – dans ce cas, c'est temporaire - , un confort et une sécurité appréciables, un compagnon de vie – mon chat Exacthor qui a neuf ans ce mois-ci – encore là, c'est temporaire - , etc... Je ne regrette rien même si ce n'est pas toujours facile.
Je suis parti un peu vite même si j'ai eu le temps de me préparer. Lors de mon arriver à Vancouver, je ne savais pas trop comment m'enligner. Quel genre de voyage je veux faire? Du tourisme? Du party? Du travail? Au départ, je me suis basé sur l'expérience d'amis. J'ai essayé de faire comme eux. Mauvaise idée. Maintenant, je vois que chaque voyage est adapté à la personne. J'adapte donc ma façon de voir mon voyage avec mon senti et ce que je veux faire. Je me rappel à Victoria, ce sans-abri qui me demande ce que je faisais là. Je ne savais pas. Maintenant, je sais. Je prends un break de ma vie. Je fais un voyage philosophique et d'apprentissage. Je découvre présentement le troc. Je travail à un endroit et eux, en échange, me donnent le logement et la nourriture. J'apprends aussi à vivre avec eux et découvre des gens extraordinaires. Je prend aussi le temps. Je ne consomme pas personne car je reste longtemps; je les découvre. Je vais être resté 2 mois à l'endroit où je suis lorsque j'aurai quitté. Je vois les hauts et les bas de leur vie. Ils voient eux aussi les hauts et les bas de ma vie. On se consomme de façon modérée, très modéré. Ça fait du bien de vivre ça dans une société où on consomme les gens comme des stylos Bic! Ma vision sur la consommation d'objets change aussi. Avant de partir, quelqu'un m'a dit « Dans l'fond, tu vas faire de la simplicité volontaire! » Sur le coup, j'ai répondu non. Maintenant, je réponds d'un gros OUI. J'enlèverais simplement le volontaire. Pas que ce n'est pas volontaire, mais ça ne l'est pas complètement. Quand tu transporte « ta vie de tous les jours » dans un sac à dos, tu ne peux pas vraiment acheter de trucs quelconques car tu n'as pas de place et tu ne peux dépenser ton argent n'importe comment pour ne pas être dans la marde. Moins de bière – oui, je bois pas mal moins! - , pas de disques – ça, ça fait mal... - , pas de linge à moins d'en avoir vraiment de besoin, etc. Dans le fond, tes achats se résument à « j'en ai VRAIMENT de besoin ». C'est un côté que j'aime bien vivre présentement. J'ai quand même hâte de pouvoir m'acheter quelques disques et de les mettre sur ma table tournante – ça, ça me manque.
Voici maintenant comment je fonctionne pour connaître ma prochaine destination avec comme exemple, bein, ma prochaine destination.
Je me suis fixé un objectif avant de partir qui était d'aller au Yukon tant qu'à « être dans le coin ». Je commence donc à regarder de quelle façon je pourrais m'y rendre pas trop chers. Bon, je peux partir de Vancouver, ce qui veut dire d'y retourner et en même temps, de « reculer ». Y-a-t-il un moyen de monter au nord en passant par l'Île de Vancouver? Je pose la question à une personne mais cette dernière n'est pas très informé de son environnement et me répond que non. C'est là qu'Internet embarque – bien pratique cette bebitte là! Je fais donc une recherche. En me promenant de sites en sites, je découvre qu'il y a un bateau qui part de Port Hardy, au nord de l'Île, et va jusqu'à Prince Rupert, pas tout à fait au nord de la Colombie-Britannique mais proche de la frontière de l'Alaska. Ce bateau fait le passage dans les montagnes et les petites Îles qui longent la côte. Pas trop chers – bon, là c'est relatif mais quand on calcul que prendre l'autobus de Vancouver à Prince Rupert coûte environ 85$ plus taxes pis que ton bateau t'en coûte 125$ mais que tu risque d'avoir un paysage magnifique, les étoiles sur le « deck » du bateau pis pas de transferts, tu te dis « ok, on se paye le luxe! ». Maintenant, qu'est-ce que tu fais à Prince Rupert? Tu y restes qu'une nuit, deux nuits? Tu dois donc payer ou du moins te débrouiller (j'ai un outils pour ça mais j'en parlerai lorsque je l'aurai essayé). Je fais une petite recherche et trouve une petite auberge. J'écris. « Serait-il possible de travailler pour vous en échange d'un lit? » Je reçois une réponse: « Oui, c'est possible. Combien de temps prévoies-tu rester? » Mmmmm, bonne question. Je réponds: « Disons une semaine, plus si je me sens bien. Maximum un mois. Dans le fond, on verra. Y-a-t-il des possibilités de travail à temps partiel à Prince Rupert car j'ai un budget très serré et je dois travailler un peu pour payer ma bouffe et mes dépenses personnelles? » La réponse de Christy qui m'avertit sérieusement d'arrêter de l'appeler madame: « En ce temps-ci de l'année, le travail est plus difficile mais si tu veux donner plus de temps (habituellement 3-4 heures par jour pour un lit), je peux m'arranger pour la nourriture et te donner un petit salaire car je ne veux pas seulement faire du troc. Il y a plusieurs choses à faire ici! » J'épargne plusieurs détails de nos échanges mais disons que le tout se conclue bien pour moi et je la sens bien celle-là aussi. Je crois bien que ça va être intéressant et que je vais apprendre encore beaucoup à cet endroit.
C'est donc un peu comme ça que je fonctionne pour connaître mes destinations. C'est comme lancer un dard sur une carte, mais en se préparant un peu après. Où je vais après? Je ne sais pas encore. On verra. Peut-être que je n'irai jamais au Yukon finalement. J'aime ça car je me sens libre! Comme l'émission le Vagabon – vous savez, cette émission canadienne avec un berger allemand qui se promenait, se faisait des amis, résolvais des mystères et s'en allait ailleurs en branlant de la queue. Bien moi, je travaille et apprend de nouvelles choses au lieu de résoudre des mystères et je ne branle pas de la queue quand je quitte un endroit – oh que je sens que je vais en entendre parler de celle-là!!!
Musique: Je dirais un peu n'importe quoi... tranquille et mouvementé aussi
Humeur: bien-être




Enfin ! Je comprends que t'étais pas mal occupé avec toute cette gestion de caca, de crachat et de youssé-que-j'm'en-va-next mais là y'était temps que tu mettes ton blogue à jour ! Depuis que Fred m'a envoyé le lien pour te lire, je suis tes aventures aussi fidèlement que celles de Tintin ! J'ai bien hâte que tu trouves un trésor en sous-marin-poisson ou que tu rencontres une grosse madame qui chante fort. C'est le fun de te lire, t'as l'air aussi bien dans ta froque à carreaux que dans ta peau ! Sincères salutations from la côte du Passage !
RépondreSupprimerStéphane
Salut frèrot, tu m'impressionnes beaucoup avec tes textes et ton vidéo,j'aurais presque le goût d'y être...Florence trouve les bébés vraiment mignons,surtout le p'tit blanc!!!
RépondreSupprimerTu sembles réellement bien.
Isabelle xxx
Allo Seb,
RépondreSupprimerJe suis contente d'avoir de tes nouvelles et encore plus de voir que t'as l'air à être "alpagachement" bien :) Cool ton super vidéo, en tout cas on peut dire que t'es dans ma.......... hihi.
Take care (t'es pas tout seul à baragouiner en anglais... pfffffffffff)
France :)