dimanche 13 juin 2010

Des souris, un cheval, de la patience et avoir crissement frette!


Yukon. Environ 33 000 habitants dont un peu plus de 25 000 habitent à Whitehorse. Quand je suis arrivé dans cette ville, j'avais un bon feeling et je croyais que j'allais aimer. Ce ne fut pas le cas. Je ne peux expliquer exactement pourquoi. Peut-être la fatigue commence à réellement m'affecter. Peut-être que la ville est trop « urbaine » pour moi. Peut-être que tout simplement je n'ai pas connecté avec elle. Les villes et villages sont comme des personnes, elles ont leur personnalité. Des fois tu connectes avec quelqu'un, des fois non. Il faut aussi souligner que j'ai pogné un bon down. Ce n'est pas la première fois (j'ai eu un petit « mal de la maison » quand j'étais à Prince Rupert mais ça n'a duré qu'une journée), mais cette fois, c'était plus profond. Ça a duré quelques jours! Je m'en suis remis mais j'y reviendrai un peu plus tard.

J'ai profité de mon séjour à Whitehorse pour me reposer un peu et découvrir la ville et ses alentours. C'est quand même une belle ville mais j'ai vu beaucoup mieux. J'ai aussi rencontré des gens sympathiques avec qui je m'entendais bien. Fait à noter, je m'entends bien avec les allemands. Je crois que je peux souligner 3 événements à Whitehorse:
  • J'ai vu 8 goélands attaquer un aigle à tête blanche.
  • Je suis allé aux « hot springs » qui constituent des sources naturelles d'eau chaude. Déception par contre, c'était une piscine remplie par ces sources... Bof.
  • Là c'est drôle. Je suis allé un soir boire de la bière avec un allemand et une française. Sous les conseils de la gérante de l'auberge, nous sommes allé au Roadhouse. J'avais un drôle de pressentiment sur cet établissement car j'étais déjà passé devant un après-midi et il y avait des gars saouls à 14h. Allons-y quand même! Comme je le croyais, c'était un bar de rednecks où se battre pour le plaisir fait parti des loisirs. La serveuse est tout de même sympathique. Nous commandons notre bière et des frites. C'est après quelques minutes que l'allemand sursaute de joie en disant « Il y a une souris! ». Effectivement, il y avait une souris dans le bar! En vérité, il y en avait 4! Nous avons passé le reste de la soirée à nourrir et essayer d'apprivoiser les souris. Comme j'ai déjà écrit quelque part:
2 pintes de Yukon Gold: 9.50$
1 panier de frites graisseuses: 3.65$
Être dans un bar de rednecks à Whitehorse avec un allemand et une française à nourrir les souris qui s'y promènent, ça n'a pas de prix.

Autre fait à mentionner encore ici c'est que les journées sont longues. Il fait très claire jusqu'à au moins minuit et le soleil commence à revenir vers 3h. Ouf.

Photo prise aux alentours de minuit et quart

Vivre un peu de simplicité 
Après quelques jours à Whitehorse, il fallait bien que je me décide sur la suite des choses! Lorsque je suis revenu de Skagway sur le pouce (voir épisode précédent), la dame qui m'a pris à la douane canadienne m'a offert de faire du WWOOFing chez elle car elle a une ferme. Elle m'a donc laissé son numéro de téléphone. Je l'ai donc appelé pour lui offrir une semaine pour me laisser le temps de réfléchir à la suite et sortir de la Ville. Me voici donc parti pour Lorne, à environ une heure au sud-ouest de Whitehorse.

Je me suis ramassé sur une charmante fermette! Pas d'électricité ni d'eau courante, et j'avais mon petit chalet seulement pour moi. Hé oui, pas d'eau courante veut dire toilette sèche. Je m'y suis fait finalement. Sheila et Paul vivent sous le principe de simplicité volontaire. Ils mangent ce qu'ils font pousser et élèvent (j'ai mangé Josephine, le porc de l'an passé et elle était très bonne!), vendent leurs légumes et de l'artisanat pour aider et Paul taille les « pieds » des chevaux dans le coin. Ils font aussi beaucoup de trocs.


Le travail que j'y ai fait était pas mal concentré dans les jardins. J'ai arraché pas mal de racines. Pas très stimulant mais, comme je dis, c'est du travail. J'ai aussi aidé un peu avec les animaux. Ils ont plusieurs moutons de différentes races, 4 chevaux dont un nouveau né, des oies qui se pensent très imposantes, 2 lamas, des lapins, 2 chiens qui sont là pour assurer la sécurité et l'ordre (un des chiens a même fait fuir un ours quand j'étais là) et 2 chats qui s'occupent des souris dans les jardins. Tout ce beau monde travaille! À l'exception des lapins, les animaux ont tous un nom et sont presque toujours libres sur le terrain. C'est vraiment beau à voir! J'ai découvert chacun leur caractère et même réussi à me faire apprécier de certains.


J'ai mal commencé ma relation avec un des chevaux, un jeune adolescent de 2 ans, Banjo. Ils l'avaient mis dans le jardin avec moi pour qu'il « tonde » le gazon mais aussi parce qu'un groupe d'enfant venait passer une partie de la journée – monsieur n'est pas très sociable... À un certain moment, il était tanné et voulait sortir. Il me l'a fait savoir en me poussant avec sa tête, en tirant mon gilet et en prenant ma fourche. J'ai fini par m'engueuler avec. Après cet événement, disons que notre relation était un peu froide. J'ai réussi à gagner sa confiance avec le temps car à tous les matins, je lui donnais mon cœur de pomme. À la fin, je jouais avec lui.  J'ai découvert que tu peux vraiment jouer avec un cheval, et c'est l'fun! Mais la dernière fois, disons que j'ai eu un peu peur... Je jouais avec, du genre le pousser, me faire courir après, lui bardasser la mâchoire, etc. et soudain, je me suis rendu compte que je faisais de l'effet à monsieur! Car oui, tu t'en rends compte, car l'expression emmanché comme un cheval ne vient pas de nul part! J'ai tout de suite arrêté de jouer, l'air un peu apeuré. Paul me regarde en riant en me disant « Après ce que t'as vu, t'as peur de ce qui peut t'arriver, hé? ». C'est que j'ai vu comment se font les bébés chez les chevaux et oui, je ne voulais pas que Banjo me réserve le même sort... J'ai répondu « Je pense que je vais aller faire la vaisselle ».


Ce fut vraiment une belle expérience d'être sur cette ferme. Ce fut relaxe et j'en avais besoin. Les paysages là-bas sont magnifiques – c'est entouré de montagnes – et il n'y a presque personne autour. La sainte paix!


Un peu d'aventure maintenant! 
J'ai eu le temps de réfléchir à la suite des événements lors de mon séjour à la ferme. J'ai gardé en tête d'aller le plus au nord possible. Mais pour y arriver, les seuls moyens d'aller hors Whitehorse est de posséder une voiture ou de prendre l'avion. Je n'ai pas les moyens pour ni l'un, ni l'autre. Le pouce est donc devenu mon alternative. Hé oui, encore de l'ostie de pouce! Mais cette fois, j'ai appris, je me suis préparé! Car encore une fois, plusieurs personnes m'ont dit que c'était facile. D'la marde!!! Je ne les écoute plus, les autres personnes! Je me suis donc préparé:
  • location d'une tente (je ne voulais pas acheter une tente cheap pour la jeter après et je n'avais pas les moyens ni le temps pour une bonne tente et la revendre après)
  • bouffe pour tenir au moins 4 jours hors civilisation
  • petits guides touristiques (toujours pratique)
  • petit guide sur les ours (pratique aussi)
C'est drôle car présentement, je lis le livre Guide de survie pour les zombies (traduction libre car en anglais) et je trouvais que ma préparation à faire du pouce au Yukon ressemblait beaucoup à celle pour fuir une infestation de zombies - excepté les armes. Hep!

Me voici donc parti, avec mon sac qui doit peser près de 100 lbs, sur la North Klondike Highway, direction Dawson City – il parait que c'est vraiment tripant comme ville. Environ 510 km séparent Whitehorse et Dawson City. Ça m'a donc pris 1 jour et demi. Quand tu es moins pressé et que tu as le nécessaire pour ne pas crever de faim, l'attente est moins pénible. J'ai quand même poiroté 7 heures au même endroit...

Dawson est effectivement une très belle petite ville d'environ 2000 habitants. Toutes les rues sont en gravier et les trottoirs en bois. La plupart des bâtiments sont authentiques et ont environ 100 ans. C'est vraiment une ville qui dégage un peu l'atmosphère western. Les gens y sont sympathiques et il n'est pas rare qu'ils t'arrêtent sur la rue pour simplement te parler. Elle est reconnu pour être une ville de party mais je n'ai pu vérifier cette information pour 2 raisons: budget et fatigue. Oui, c'est fatigant faire du pouce et j'avais oublié un élément essentiel pour ce petit voyage: un matelas. J'ai donc gelé la nuit, et le pire est à venir... Je profite de ce petit paragraphe sur Dawson pour me confessé: je dois 60$ au gouvernement du Yukon... J'ai utilisé à plusieurs reprises les campings du gouvernement où tu dois toi-même t'enregistrer en mettant le 12$/nuit dans une petite enveloppe. Je ne l'ai pas fait. C'est ce qu'on appel des coupures budgétaires dans Sebland. Je promets par contre que si je reviens, je vais me reprendre.


Là, ça devient vraiment hot le Yukon - ou froid, c'est selon
Après avoir passé 2 jours à Dawson, j'étais gonflé à bloc pour la suite: la Dempster Highway. Cette route, tout en gravier, est la seule route au Canada qui se rend en arctique. Je voulais aller le plus au nord, bein voilà, Seb est servi! C'est assez hardcore comme route! Il est fortement conseillé d'avoir 2 pneus de rechange lorsqu'on se rend loin et j'ai vite compris pourquoi. Le gravier à certains endroits est pointu et j'ai vu pas mal de voitures avoir une crevaison. Il y avait même, au début de la route, où je me suis installé pour faire du pouce, 2 gars qui ont eu 3 crevaisons! Ils sont redescendus sur le pouce avec un de leur pneu pour le faire réparer et devaient donc remonter pour réinstaller le tout...


Il parait, selon certaines sources dont une très fiable, que c'est l'une des 10 plus belles routes au monde. Je le confirme, c'est magnifique! Certains endroits sont ordinaires, dans le sens de déjà vu, mais la très grande majorité est vraiment splendide! Ce fut pour moi un moment incroyable! J'ai été pognés à des endroits où l'humain le plus proche était à au moins 50 km. C'est vraiment une drôle de sensation. Quand tu es devant tant de beauté, attendre 4 heures dans ces conditions n'est pas trop dérangeant. J'y ai vu 1 renard noir, 2 orignaux dont un avec son petit et un grizzly. Pour les 2 derniers, j'étais dans la voiture. J'ai aussi vu plusieurs types d'oiseaux.


Je n'ai malheureusement pas pu atteindre le village au bout de cette route (Inuvik) car j'avais une contrainte de temps (déjà acheté mon billet d'autobus pour Kamloops), et avec mon karma sur le pouce, je ne voulais pas prendre de chances. Mais je peux quand même dire que J'AI ATTEINT LE CERCLE ARCTIQUE!!!!! Le cercle arctique est cette ligne imaginaire qui dit que tu es en arctique. J'ai donc passé un peu plus de 24 heures en arctique! J'ai presque vu le soleil pendant 24h! Presque parce qu'il fallait bien que je dorme! Mes nuits là-haut étaient pas mal courtes (moyenne de 3-4 heures) car comme écrit plus haut, je n'avais pas de matelas et c'est gelé sous le sol (pergélisol). Tu te réveilles donc vers 2h30, gelé comme un crottons, et tu vas voir le soleil éclairé les montagnes autour avant de te ramasser pour continuer. 


Encore une fois, faire du pouce sur cette route n'a pas été facile. Ça m'a pris 2 jours monter (450 km jusqu'au camping – 50 km au nord du cercle) et 2 jours descendre. Il faut souligner que j'ai fait une moyenne de 1 voiture qui passait aux 2 heures à une certaine journée de mon périple. J'ai fait 80 km en 12 heures cette journée là. En tout, pour mon trip sur le pouce, je suis parti 7 jours et j'ai fait à peu près 2000 km allez-retour.


Ce fut un très belle expérience et je suis revenu avec le sentiment d'avoir bouclé la boucle de mon voyage. Mission accomplie!

Ce voyage, qui a été très bon pour moi, tire donc presque à sa fin. J'en ressort un peu changé – mais je reste quand même le même Seb. J'ai rencontré des gens sympathiques et intéressants, des gens moins sympathiques et moins intéressants. J'ai vu des endroits extraordinaires et d'autres plus ordinaires. J'ai beaucoup appris, autant de nouvelles compétences que sur moi et sur les autres. En bref:
  • Je me suis fait donné du crack à Vancouver
  • J'ai bu de la bière entouré de centaines de brassières à Victoria
  • Je me suis fait cracher dessus par des alpagas à Qualicum Bay (Île de Vancouver)
  • J'étais très saoul à Port Hardy
  • J'ai dansé à Prince Rupert
  • J'ai vécu la magie de Haida Gwaii
  • J'ai vu des paysages magnifiques en Alaska
  • J'ai eu un down à Whitehorse
  • J'ai vécu la simplicité à Lorne
  • Je me suis senti cowboy hors-la-loi à Dawson City
  • J'ai dormis congelé sur la Dempster Highway et atteint le cercle arctique
J'ai passé au travers de:
  • 1 paire de soulier
  • 2 paires de bottes
  • 3 paires de jeans
  • 2 t-shirts
  • 4 paires de bas
  • 1 paire de boxer
  • 1 gilet capuchon
  • 1 gilet à manche longue
Est-ce que je recommencerais? Demain!

Fin.


Humeur: Mission accomplie et angoisse du retour
Musique: Le tempo augmente!

3 commentaires:

  1. Bravo Séb. Tu l'as fait. Tu as réussi ! Je te trouve vraiment courageux. J'ai hâte de te revoir.

    Su jeff

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  2. Cool Sébas! Et bravo pour avoir accompli ton projet et atteint tes objectifs. Je comprends vraiment ton feeling pour le retour à la maison. C'est comme faire du pouce, prend ça une journée à la fois.

    Au plaisir de te revoir et d'attendre tout ce qui n'a pas été écrit...

    Le beauf

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  3. Merci Seb pour tout! Pour ces tranches de "TA" vie que tu as eu la bonté de me faire partager. Merci aussi pour tous ces beaux paysages que tu m'as fait découvrir. Je te souhaite un bon retour à la maison et un atterrissage tout en douceur :)

    France

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